Une rencontre avec les cercles d’apprentissage

J’ai eu le grand plaisir d’être invité comme « grand témoin » à la première journée de synthèse des cercles d’apprentissage, mis en place depuis l’automne 2015, et qui s’est déroulé le 09 avril à Paris.

Je présente d’abord les cercles d’apprentissage, puis le déroulement de cette journée. Enfin, je présente ma propre contribution à cette riche journée.

Présentation des cercles d’apprentissage

Qu’est-ce qu’un cercle d’apprentissage ? Cette forme d’atelier d’intelligence collective est d’origine canadienne et a été lancé en France par Denis Cristol (voir son blog), au retour d’un voyage d’études à l’automne dernier. Je m’appuie sur la présentation faite par Denis Cristol ici :   http://apprendreensemble.weebly.com/

D’abord Intelligence Collective : « L’intention d’un cercle d’apprentissage est d’apprendre ensemble et librement et cherche à promouvoir de nouvelles pratiques d’apprentissage plus ancrées dans l’expérience des apprenants. »

Ensuite, la visée innovante : « (le cercle) s’inscrit dans l’ambition de favoriser une pédagogie nouvelle accompagnant la transformation du monde actuel. Il mobilise l’intelligence de tous ceux qui ont envie de contribuer et qui peuvent jouer le rôle de facilitateurs, conférenciers, apporteurs de contenus, modérateurs communicant ou chercheurs. »

Enfin, le public : « (le cercle) s’adresse à un public de formateurs, ingénieurs de formation, acteurs de changement, coachs, consultants, désireux d’investir sur leurs compétences collaboratives et d’apprendre en réciprocité. »

Il existe aussi un prezi complet sur le sujet : https://prezi.com/hq-xecodpk_4/apprendre-ensemble/

La journée du 09 avril

Le lancement de ces cercles et leur déroulement autonome a donné lieu à la création d’une vingtaine de ces cercles dans toute la France ! Un succès étonnant qui montre la force d’une telle dynamique d’apprentissage collectif et de liberté. Du coup, cette communauté a décidé de tenir une journée de synthèse, le 09 avril dernier, pour faire circuler les apprentissages entre tous les cercles et imaginer les suites possibles.

La dynamique de la journée s’inspirait largement du processus en U d’Otto Scharmer (son livre réédité par Colligence : http://colligence.fr/2-la-th%C3%A9orie-u-renouveler-le-leadership-9782364290822.html) et s’est organisée autour d’ateliers en petits groupes et moment de synthèse et de partages collectifs.

Tout au long de la journée, une fresque murale était à la disposition des participants sur laquelle ils pouvaient déposer idées, suggestions et remarques.

Un aperçu de la fresque :

fresque

Enfin, autre principe original : des moments de mouvement gestuel, pour créer l’unité d’ensemble au départ ; puis au redémarrage de l’après-midi sur « accueillir le moment qui vient ». J’ai trouvé inspirant cette utilisation de l’espace comme métaphore de nos actions : regroupements, alignements, rencontres au hasard…

Ma participation

Ma participation reposait sur deux moments de témoignage, complètement libres !, en fin de matinée et en fin d’après-midi. Je me suis promené dans les ateliers, écoutant, participant, me laissant inspirer…

J’ai aimé la qualité des échanges, l’écoute réciproque, l’humour aussi ; j’ai découvert la multitude des expériences vécues tout au long des ateliers. Ma principale réflexion a tourné autour de la question de l’intention : une intention libre de départ suffit-elle à déclencher et faire émerger un projet d’apprentissage collectif ou faut-il choisir celle-ci dès le départ ? L’intérêt repose dans la question pas dans les réponses possibles a priori !

Et mon récit final

Parce que l’écriture est notre cheval de bataille à Colligence, j’avais écrit au fur et à mesure de la journée un texte, une mise en forme imaginaire et métaphorique inspirée par les moments qui m’avaient frappé au cours de la journée.

En fin d’après-midi, comme retour au groupe, j’ai lu mon texte que voici :

« Le cercle, quelle figure ! Soi-disant que c’est la figure la plus harmonieuse équilibrée… Gamin, j’en ai bavé, tracé des cercles au compas, je finissais toujours avec un trou dans la feuille et mon cercle ne fermait pas… Il me fallait recommencer. Et Pi, 3,14116, ça veut dire quoi ? Pi quoi encore ?

Les pis qui m’impressionnaient, c’était ceux de la vache de mon grand-père. Parfois, on avait le droit de venir, le soir, pour la traite. Un jet puissant, le liquide chaud. Mais on n’avait pas le droit d’en boire, trop fort pour vous, il nous disait. Comme le cercle, trop fort pour moi. Moi, j’aimais le trapèze, même pas l’isocèle, finalement presque bien équilibré, non, celui tout de travers, celui qui n’était pas comme les autres figures ! De guingois, on me disait, je trouvais le mot joli, surtout pas négatif…

Et puis, apprentissage, quel mot terrible pour moi à l’époque… Mes parents me répétaient, « si tu ne travailles pas mieux, tu finiras en apprentissage ! ». L’apprentissage, ils étaient à part, une seule classe, ils faisaient beaucoup de sport, nous non, ils avaient des blouses grises, nous des bleues.

J’imaginais des ateliers pleine de sciure, de graisse, de bruit, l’apprentissage de l’usine. L’usine, c’était celle de mon grand-père, où on n’avait pas le droit d’entrer, elle était en haut du village. Je n’en connaissais que les sirènes, une à midi, l’autre à six heures. On se précipitait, ma sœur et moi, à la grille, et on attendait. Les vélos d’abord, puis, un, deux, puis le flot, et on surveillait. Et, d’un coup, il apparaissait, souriant, il souriait toujours. Je ne comprenais pas pourquoi les autres ne souriaient pas, seulement pressés.

Un jour, mon père m’a dit, « tu manques de méthodes, il te faut apprendre à apprendre ». Apprendre à apprendre ? Apprendre au carré ? L’usine au carré ? Mon dieu, mais c’est ma tête qui va finir au carré… aie !

Alors, cercle, carré, trapèze, je m’interroge… Surtout que ce matin, nous avons expérimenté la ligne droite. Au moins, cercle, carré, trapèze, c’est fermé, un cadre, on sait où on est ! avec la ligne droite, on va où ?

Finalement, peut-être que la question est de trouver comment marier la ligne droite et le cercle ! La ligne droite, la figure qui nous entraîne sans savoir forcément où on va, juste de l’avant, et qui nous porte ; le cercle, le moment où l’on se pose, le long du chemin, on se regarde, on s’écoute, on se redécouvre après le voyage, on tourne un peu en rond aussi, mais ça fait du bien… Et à un moment, le cercle s’ouvre, la ligne droite est bien là devant, il est temps, tout va bien ! »

Merci à cette communauté naissante et agissante pour son accueil et bravo pour tout ce travail effectué qui explore de nouvelles formes d’apprentissage collectif do,t nous sommes friands à Colligence !

Didier Austry

 

 

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