Le crowdfunding, de l’utopie à la réalité

crowdfunding

Le crowdfunding n’est plus un concept, ni une utopie, mais une alternative concrète et viable pour financer un projet.

Crowdfunding : définition

  • Tout d’abord, les internautes misent sur un projet pour un montant égal ou supérieur à une contrepartie choisie. Le porteur de projet conserve l’intégralité des droits.
  • Les collectes durent un temps limité pendant lequel les participations se cumulent dans le but d’atteindre ou de dépasser l’objectif minimal déterminé par l’auteur ou le producteur du projet. Tant que l’objectif n’est pas atteint, les contributions des participants sont enregistrées et mises en attente, sans débit bancaire réel.
  • Enfin, si la période de campagne s’achève et que le montant de la collecte n’est pas atteint, l’argent est restitué aux internautes.

L’idée simple de se rassembler pour donner et multiplier l’impact des contributions paraissait totalement irréaliste il y a moins de quatre ans. Beaucoup n’imaginaient pas que les internautes, même s’ils partageaient et commentaient les œuvres de leurs artistes préférés, seraient prêts à s’engager d’une manière « sonnante et trébuchante ». Soutenir un artiste, commanditer une œuvre, est longtemps resté un privilège, la fameuse « danseuse du Président ». Commander des œuvres ou en collectionner était la marque des puissants (Louis XIV ou les Médicis en sont l’exemple), un signe de luxe et d’affirmation d’un statut, comme cela s’observe avec les grands patrons d’aujourd’hui. Mais tous les spécialistes s’accordent à le dire : le début du XXIe siècle est une époque de rupture.

La révolution numérique a bouleversé les usages et les habitudes de consommation, la démocratisation du web a donné une nouvelle place à l’utilisateur-consommateur et a redistribué les rôles.

Les sites de financement participatif permettent aujourd’hui à tout un chacun de contribuer à la création artistique, en se basant sur ces principes simples : si l’on se rassemble pour donner – même un peu –, si l’on multiplie l’impact de chaque contribution, l’aide est non seulement concrète et matérialisée (un nom, un visage, un projet à soutenir et un suivi), mais l’internaute peut aussi s’impliquer davantage en devenant prescripteur ou même un early adopter.

Déjà une réalité pour des milliers de porteurs de projet en France.

En France, c’est MyMajorCompany qui a popularisé la dimension participative en rencontrant le succès dès son premier artiste financé et lancé, le chanteur Grégoire. Aujourd’hui, les sites d’intermédiation fleurissent, même si beaucoup ont quelques peines à trouver leur équilibre. Les sites comme Babeldoor, Kiss Kiss Bank Bank, Octopousse ou Ulule en France, légitiment par le nombre de projets financés (plus de 15 000 à ce jour) la pertinence de leur rôle.

Plus qu’une réponse à la crise, une volonté de créer un nouveau type de lien social et créer de la valeur autour de cette nouvelle relation qui se noue. De grands musées ou instituts culturels de renom ont recours au financement participatif (voir l’article du New York Times du 12 décembre 2012). Son développement coïncidant avec la baisse des financements publics de la culture et du mécénat d’entreprise, mais pas seulement…

Il y a évidemment le contexte, le web est aujourd’hui social, les internautes participent et commentent ; il ne manquait plus qu’ils puissent s’engager concrètement, c’est à dire ici financièrement. Une difficulté manifeste des créateurs (que cela soit des artistes ou des entrepreneurs) d’accéder à un financement bancaire, mais surtout et l’on en parle assez peu, il y a un réel rejet du capitalisme financier et du système actuel, le développement de l’investissement éthique et la consommation collaborative. Un certain nombre de citoyens sont prêts à investir leur argent sans rechercher un retour sur investissement en numéraire. La croissance des investissements éthiques labellisés Finansol et le développement d’une agriculture de proximité via les AMAP ou « la ruche qui dit oui » montrent l’intérêt d’un retour sur investissement qui réside dans la création de liens. Il faut pour moi le souligner, une nouvelle manière de consommation s’affirme, il faut rappeler aussi que le « crowdfunding » ou la souscription populaire a presque toujours existé.

En réalité, cela ne date pas d’hier mais quand on dit, le crowdfunding cela fait tellement plus tendance, exotique et nouveau ! Le financement participatif se développe par ce qu’il a démontré sa viabilité par le financement de projets culturels et ouverts et qu’il répond de façon très concrète et efficace aux aspirations citoyennes grâce à sa très grande capacité d’initiative individuelle et collective. Mais les artistes indépendants ont toujours fait appel au soutien populaire, à leur réseau de proximité pour réussir à mener leur projet et avoir une carrière ( Cassavets en 1968, avec son film Shadows, à la radio.

Ainsi, s’il ne faut pas y voir une révolution, on peut clairement considérer cette « nouvelle » voie de financement comme une alternative complémentaire viable et concrète méritant toute notre attention ou du moins celle des futurs créateurs.

Nicolas Dehorter, auteur du Guide du crowdfunding, à paraître en mars chez Colligence Editeur.

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